Date de publication : 30 janvier 2026
Les banques centrales des deux côtés de la frontière ont annoncé leurs décisions respectives concernant le taux directeur mercredi. Sans surprise, la Banque du Canada (BoC) a maintenu son taux à 2,25 % pour une deuxième réunion consécutive, tandis que la Réserve fédérale américaine (Fed) a conservé une fourchette comprise entre 3,50 % et 3,75 %.
La BdC sous-estime à nouveau l’inflation
La Banque du Canada justifie sa décision par la faible évolution des perspectives économiques canadiennes au cours des derniers mois. Elle mentionne également la fragilité des perspectives dans son Rapport sur la politique monétaire en raison de l’imprévisibilité des politiques commerciales américaines et des risques géopolitiques.
Lors de la conférence de presse qui a suivi, le gouverneur Tiff Macklem a évoqué à maintes reprises le contexte économique provoqué par le protectionnisme américain. Il a également déclaré que l’économie avait évolué conformément aux prévisions de la banque centrale depuis la fin de son cycle d’assouplissement monétaire. Alors que l’économie canadienne continue de s’adapter aux restrictions commerciales américaines, « nous anticipons une croissance modeste du PIB et nous nous attendons à ce que l’inflation reste proche de l’objectif de 2 % », a-t-il déclaré.
Voici quelques observations formulées par la BdC dans son plus récent rapport sur la politique monétaire :
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L’inflation, mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC), se chiffrait à 2,4 % en décembre.
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Le taux de chômage reste élevé, à 6,8 %, et peu d’entreprises affirment avoir l’intention d’accroître leur main-d’œuvre.
Dans son commentaire, la Banque du Canada réaffirme que la croissance économique devrait rester modeste en 2026. Elle estime, pour le moins hâtivement, que le problème de l’inflation est résolu. L’inflation, qui s’élevait à 2,1 % en 2025, devrait rester près de l’objectif de 2 % au cours de la période de projection, les pressions sur les coûts liées au commerce étant compensées par l’offre excédentaire. Ce facteur a toutefois peu d’incidence sur l’inflation, à savoir -0,2 point de pourcentage. Par commodité, la Banque du Canada semble négliger l’incidence sur l’année de référence de l’abolition de la taxe carbone en avril dernier, qui pourrait stimuler l’inflation totale de 0,7 point de pourcentage. Si l’inflation a diminué en raison de la réduction de la taxe sur le carbone, comment peut-on supposer qu’elle n’augmentera pas de nouveau lorsque son effet s’estompera?
La BdC prévoit une croissance du PIB réel de 1,1 % cette année, avec une demande intérieure de 1,7 %. Bien que nous jugions la consommation un peu faible, cette prévision n’est pas très éloignée de notre propre estimation de la croissance du PIB, qui se chiffre à 1,4 % pour cette année. Notre principal point de divergence avec la Banque du Canada réside dans les perspectives d’inflation. Selon la banque centrale, l’IPC total restera très près de l’objectif de 2,0 %, tandis que notre scénario de base se situe autour de 2,7 %. Il s’agit là d’un autre exemple de sa tendance à minimiser l’inflation, cette fois au moyen d’une « autre » composante très peu claire. Nous jugeons essentiel de comprendre ce facteur de compensation, mais la Banque du Canada ne semble pas y apporter de réponse.
Enfin, la diffusion de l’indice d’inflation s’est fortement détériorée récemment, près de 50 % des prix du panier de l’IPC ayant augmenté de plus de 3,0 %. La BdC suggère que ce phénomène résulte de la hausse des prix des denrées alimentaires, mais l’inflation dans les services, à l’exclusion du logement, se chiffre désormais à 4,5 % et représente 28 % du panier global de l’IPC. Ainsi, si la banque centrale se trompe sur cette obscure « boîte noire » de la désinflation, l’inflation augmentera au printemps au Canada, puisque la suppression du remboursement de la taxe carbone devrait constituer le principal facteur expliquant une certaine reflation totale de l’IPC.
Optimisme et pessimisme excessifs de la Fed sur différents fronts
La banque centrale américaine justifie sa décision en invoquant une croissance « robuste », ce qui suggère que l’économie américaine n’a pas besoin d’un soutien supplémentaire. Elle souligne également que le taux de chômage, qui s’élevait à 4,4 % en décembre, « a montré des signes de stabilisation ».
Deux membres du FOMC (le comité de politique monétaire) se sont prononcés contre cette décision à l’issue d’une réunion de deux jours. Les gouverneurs Christopher Waller, candidat à la succession de l’actuel président de la Fed, et Stephen Miran ont plaidé en faveur d’une baisse des taux d’intérêt d’un quart de point de pourcentage.
La Fed n’a pas précisé quand une nouvelle réduction des coûts d’emprunt pourrait avoir lieu, indiquant que « l’ampleur et le calendrier des nouveaux ajustements » dépendraient des données futures et des perspectives économiques.
L’annonce de la décision de la Fed n’était pas assortie d’une mise à jour de ses prévisions économiques. Voici quelques points clés relatifs à cette décision :
Selon la Fed, le taux de chômage montre des « signes de stabilisation ». Cette observation peut sembler quelque peu surprenante de la part d’une banque centrale, étant donné qu’un seul rapport mensuel a montré une inversion du taux de chômage officiel. La tendance haussière observée depuis 2023 est claire. La baisse du taux de chômage en décembre pourrait facilement s’inscrire dans la volatilité mensuelle normale des données. Notons aussi que la définition élargie du taux de chômage américain (U6 au lieu de U3, qui inclut une plus grande proportion de la population) a accéléré sa hausse récemment.
Lors de son allocution, le président de la Fed, Jerome Powell, a semblé mettre l’accent sur la vigueur récente du PIB réel, qui s’est en effet accéléré. Cela dit, il s’agissait également d’une réponse à la forte performance de la croissance de la productivité. Ainsi, la majeure partie des deux derniers trimestres a été dominée par la productivité. Dans sa séance de questions-réponses, le président Powell a presque évoqué le fait qu’une croissance plus forte conduirait en fin de compte à plus d’emplois, ce qui n’est pas évident pour nous dans un monde dominé par la productivité, l’IA et la contribution de seulement deux secteurs à la création d’emplois.
À un certain point, le marché du travail devra s’accélérer sur le plan de la création d’emplois mensuels, faute de quoi la croissance de la consommation réelle ralentira. Elle devrait passer de 2,5 % à 1 %, à moins que la création d’emplois ne s’accélère. Les taux de croissance annuels actuels du revenu réel et de la consommation sont découplés (1,0 % pour le revenu réel et 2,5 % pour la consommation réelle). Rappelons que cette situation n’est pas viable, mais la Fed semble ignorer cette dynamique.
Finalement, en ce qui a trait à l’inflation, les dernières données étaient plus conformes à notre scénario de base d’une inflation PCE inférieure à 2,0 %, puisque l’inflation PCE médiane n’était que de 0,1 % en glissement mensuel au cours des trois derniers mois consécutifs de données. En outre, de puissantes forces désinflationnistes s’exercent sur l’inflation des biens durables dans l’indice PCE à partir du rapport de janvier. Le prochain rapport, qui portera sur le mois de décembre, ne sera pas favorable, car les biens durables ont chuté au cours de cette période. De janvier 2025 à juin 2025, les taux de croissance mensuels ont été élevés, de sorte qu’une désinflation considérable sera observée au cours du premier semestre de cette année. Heureusement, les effets de cette désinflation se feront sentir plus rapidement sur l’inflation PCE que sur les données de l’indice des prix à la consommation (IPC).