Les banques centrales nord-américaines ont annoncé mercredi leurs décisions respectives concernant le taux directeur. Comme anticipé, la Banque du Canada (BdC) a maintenu son taux à 2,25 %, tandis que la Réserve fédérale américaine (Fed) a conservé sa fourchette cible comprise entre 3,50 % et 3,75 %. 

La Banque du Canada suit de près l’évolution de la guerre  

Dans le communiqué de presse publié à la suite de sa décision, la Banque du Canada a évoqué la volatilité accrue des prix mondiaux de l’énergie et des marchés financiers résultant de la guerre en Iran. Elle a toutefois souligné qu’elle était « prête à réagir » en fonction de l’évolution de la situation géopolitique. 

Le gouverneur Tiff Macklem a indiqué que la situation au Moyen-Orient suscite des inquiétudes quant à une nouvelle hausse importante du coût de la vie. Dans sa déclaration préliminaire, il a également souligné que « l’inflation au Canada se rapproche de l’objectif de 2 % depuis plus d’un an, mais comme on peut le constater, la guerre en Iran provoque une flambée des prix du pétrole, ce qui alimentera l’inflation à court terme ».  

Voici quelques observations formulées par la BdC dans sa décision : 

  • Les tensions géopolitiques continuent d’accroître les risques qui pèsent sur l’économie mondiale. 

  • Le produit intérieur brut (PIB) du Canada a reculé de 0,6 % au quatrième trimestre. 

  • L’inflation, mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC), a de nouveau reculé pour s’établir à 1,8 % en février. 

  •  Les gains enregistrés en matière de création d’emplois au quatrième trimestre 2025 ont été largement effacés au cours des deux premiers mois de 2026. 

  • Le taux de chômage a atteint 6,7 % en février. 

Compte tenu de l’incertitude suscitée par la flambée actuelle des prix de l’énergie, le communiqué publié ce matin par la Banque du Canada ne surprend personne. La banque centrale a reconnu l’incidence d’un certain effet de base sur l’inflation canadienne, soulignant que les risques inflationnistes allaient manifestement s’accentuer à l’avenir. À notre avis, le choc pétrolier actuel ne fera qu’ajouter une pression inflationniste supplémentaire à des fondamentaux d’inflation qui étaient déjà en train de se détériorer. Avant la crise pétrolière, nous avions recensé les multiples facteurs sous-jacents susceptibles d’entraîner des fluctuations mensuelles de l’inflation globale mesurée par l’IPC, en nous basant sur les données des douze mois précédents, mais sur une base continue. 

Depuis que nous avons abordé ce sujet pour la première fois à la mi-février, la situation en matière d’inflation au Canada s’est encore détériorée. Alors que la création d’emplois s’est révélée extrêmement faible ces derniers temps, l’économie canadienne vient d’enregistrer sa plus forte hausse des salaires en quatre ans. Cela se produit précisément au moment où la croissance de la productivité ralentit. La hausse mensuelle des salaires horaires moyens se situait autour de 1,0 % en février. La croissance de l’emploi ralentit donc en glissement annuel, mais les salaires horaires moyens augmentent et atteignent désormais le double de l’objectif d’inflation. Ces hausses salariales ont été observées parmi les tranches d’âge les plus actives sur le plan économique, à savoir les 25 à 54 ans, qui représentent l’essentiel de la masse salariale du Canada, compte tenu de leur poids dans l’emploi total. 

Récemment, la Banque du Canada a également publié des informations qui font écho à nos préoccupations concernant l’incidence inflationniste des chocs négatifs du côté de l’offre, en particulier la faible croissance de la productivité. Cela signifie que la Banque examine activement cette question à huis clos. Malheureusement, on ne peut pas dire que la stabilité des prix ait été atteinte au Canada si l’on exclut les chocs de prix relatifs qui faussent l’IPC. La politique monétaire semble trop expansionniste de notre côté de la frontière, et le choc pétrolier actuel ne fera qu’aggraver la situation. Nous maintenons notre prévision selon laquelle la Banque du Canada resserrera sa politique monétaire au second semestre 2026, sous réserve que les prix du pétrole n’augmentent pas suffisamment et ne restent pas à un niveau élevé assez longtemps pour mettre fin au cycle économique américain, ce qui entraînerait également une récession au Canada. 

Incohérence entre le discours officiel de la Fed et ses prévisions 

La Réserve fédérale américaine a justifié sa décision en invoquant l’incertitude liée au conflit avec l’Iran, qui a débuté il y a près de trois semaines. Les combats et leurs répercussions sur le détroit d’Ormuz ont perturbé le marché mondial du pétrole et risquent de maintenir l’inflation au-dessus de l’objectif de 2 % fixé par la Fed. 

Comme en janvier, le gouverneur Stephen Miran a exprimé son désaccord, plaidant en faveur d’une baisse d’un quart de point face aux inquiétudes croissantes concernant le marché de l’emploi. Le gouverneur Christopher Waller, qui s’était auparavant rallié à M. Miran pour soutenir une réduction, a cette fois voté en faveur du statu quo. 

La Fed a continué de souligner la faiblesse de la création d’emplois et les effets persistants des droits de douane, qui ont maintenu l’inflation légèrement au-dessus de l’objectif. Le principal changement relevé dans ce communiqué réside dans la mention selon laquelle les répercussions de l’évolution de la situation au Moyen-Orient sur l’économie américaine sont incertaines. Cela laisse penser que les prévisions d’inflation actualisées publiées aujourd’hui pourraient être révisées en fonction de la durée du conflit. 

L’annonce de la décision de la Fed était assortie d’une mise à jour de ses prévisions économiques. En voici quelques faits saillants :  

  • La croissance du PIB réel a été révisée à la hausse, passant de 2,3 % dans les dernières prévisions à 2,4 % pour cette année.  

  • Le taux de chômage reste inchangé par rapport aux prévisions précédentes, et les estimations à plus long terme n’ont pas évolué. 

  • L’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC) a été révisée à 2,7 % pour cette année, soit 0,3 point de pourcentage de plus que prévu. 

  • L’inflation sous-jacente, mesurée par l’indice des prix à la consommation, a également été révisée à la hausse, à 2,7 %. 

  • La trajectoire des taux directeurs reste inchangée, soit à 3,4 % cette année et 3,1 % l’année prochaine. 

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la conférence de presse d’aujourd’hui prêtait à confusion. Au cours de la séance de questions-réponses, le président Powell a pleinement validé, point par point, notre modèle actuel, ou cadre analytique, pour établir des prévisions d’inflation dans ce contexte très spécifique. Notons qu’il est difficile de prévoir l’inflation, car elle dépend de nombreux facteurs, en fonction de la contribution relative de chaque composante, qui peut varier considérablement sur une période de douze mois. Au cours de la séance, le président Powell a clairement indiqué que le marché du travail américain exerçait une pression désinflationniste grâce aux gains de productivité, que le secteur des services (logement et autres) était en bonne voie pour atteindre la stabilité des prix, et que 2026 serait celle où l’effet de base lié aux droits de douane s’inverserait. Il estime que ce revirement se produira d’ici l’été, un scénario dont nous avons discuté à plusieurs reprises avec nos clients depuis l’automne dernier. 

Néanmoins, les prévisions de la Fed en matière d’inflation divergent complètement des nôtres. Nous obtenons une inflation IPC de 2,2 % en glissement annuel au quatrième trimestre 2026, en supposant que le prix moyen du pétrole se maintienne à 100 dollars sur la période de trois mois comprenant mars, avril et mai. Il en résulterait une déflation énergétique, car la fin de la guerre ou la réouverture du détroit d’Ormuz aurait un effet déflationniste compte tenu des conditions du marché (offre excédentaire) qui prévalaient avant la guerre. 

Compte tenu du décalage entre les projections et les propos tenus par le président lors de la séance de questions-réponses, nous en concluons que ces prévisions doivent être interprétées avec réserve. Si la Fed accorde autant d’importance que nous à ces mêmes dynamiques, puisqu’il s’agit simplement d’un calcul mathématique (le taux d’inflation annuel prévu pour chaque composante, multiplié par son poids), ne devrions-nous pas aboutir à des conclusions similaires concernant l’inflation? 

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