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1 mai 2026

Statu quo monétaire des deux côtés de la frontière

Les banques centrales nord-américaines ont annoncé mercredi leurs décisions respectives concernant le taux directeur. Sans surprise, la Banque du Canada (BdC) a maintenu son taux à 2,25 % pour la quatrième fois consécutive, tandis que la Réserve fédérale américaine (Fed) a conservé sa fourchette cible comprise entre 3,50 % et 3,75 %. 

Projections prudentes relatives à l’inflation sous-jacente au Canada 

Dans le communiqué de presse publié à la suite de sa décision, la Banque du Canada a évoqué les incertitudes liées au conflit au Moyen-Orient et à la politique commerciale américaine. Le Conseil de direction de la BdC souligne qu’il reste prêt à agir, précisant qu’il « tient compte des répercussions immédiates de la guerre sur l’inflation, mais ne laissera pas la hausse des prix de l’énergie se transformer en inflation persistante ». 

Dans son allocution d’ouverture, le gouverneur Tiff Macklem a déclaré que la banque centrale devra rester flexible afin de composer avec des incertitudes géopolitiques considérables. « Si les États-Unis imposent d’autres restrictions commerciales importantes au Canada, nous pourrions devoir baisser davantage le taux directeur pour soutenir la croissance économique. Si toutefois les cours pétroliers continuent d’augmenter, et surtout, s’ils restent élevés, le risque qu’ils se transforment en inflation persistante et généralisée augmente », a-t-il expliqué.  

La décision annoncée mercredi a été prise parallèlement à la publication du Rapport sur la politique monétaire (RPM) d’avril. En voici quelques faits saillants : 

  • L’économie continue de s’adapter aux changements structurels. 
  • Les prévisions de croissance du PIB pour 2026 ont été revues à la hausse, passant de 1,1 % en janvier à 1,2 %. 
  • Le taux d’inflation prévu a été augmenté à 2,3 % pour 2026, soit une hausse de 0,3 point de base. 
  • L’inflation sous-jacente devrait se maintenir autour de 2 % tout au long de la période de projection. 
  • La BdC estime qu’il n’y a pas encore de signes évidents d’effets de contrecoup et examine actuellement les répercussions de ce choc. 

Nos observations 
 
La Banque du Canada a consacré la majeure partie de la conférence de presse à parler des risques liés à la hausse de l’inflation, plutôt que le risque que la renégociation de l’Accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (AEUMC) pourrait faire peser sur la croissance. Il y a deux jours, les prévisions concernant le taux d’intérêt de la banque centrale pour décembre s’établissaient à 2,62 %. À 10 h 30, ils avaient atteint 2,81 %, avant de grimper encore à 10 h 45, lorsque le gouverneur Macklem a clairement indiqué que « des hausses successives des taux pourraient s’avérer nécessaires ». 
 
Tout d’abord, il convient de noter que le renversement complet de la tendance inflationniste prévu par la Banque du Canada semble un peu prématuré, étant donné qu’elle ne s’attend pas à ce que les prix du pétrole reviennent à 75 dollars avant le milieu de l’année prochaine. Nos calculs ne laissent pas entrevoir un renversement aussi rapide de la tendance, la dynamique des prix du pétrole étant jugée trop persistante pour permettre un retour à la stabilité des prix aussi rapidement que le prévoit le Rapport sur la politique monétaire. 
 
Il convient également de noter que l’on anticipe d’importantes fluctuations de l’inflation globale, telle que mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC), au Canada. En fait, des facteurs très précis, tels que la fin du remboursement de la taxe sur le carbone, seront suivis par la suspension de la taxe sur l’essence décrétée par Mark Carney. La tendance haussière demeure toutefois intacte, en raison de l’évolution des services hors logement, à condition que la croissance des salaires se maintienne entre 3,0 % et 3,5 %.  

Enfin, si l’on se base sur l’inflation des services telle que mesurée par l’indice des prix des dépenses de consommation personnelle (DCP) plutôt que par l’IPC, on constate clairement que le Canada n’a pas réussi à atteindre son objectif de stabilité des prix depuis le début de la pandémie de COVID-19. L’inflation dans le secteur des services, telle que mesurée par l’indice DCP, se situant systématiquement au-dessus de l’objectif de stabilité des prix, le Canada a encore beaucoup à faire. La décision de la Banque du Canada d’abaisser son taux directeur à son niveau le plus bas de la fourchette neutre, malgré une faible croissance de la productivité, rend sa position actuelle très risquée dans le contexte d’un choc sur les prix du pétrole. 
 
Voix dissidentes surprenantes au sein de la Fed 

La Réserve fédérale américaine a justifié sa décision en évoquant une inflation élevée, résultant en partie de la récente hausse des prix mondiaux de l’énergie. Dans son communiqué, la banque centrale s’est donc écartée de sa formulation précédente, qui qualifiait l’inflation de « quelque peu » élevée. 

L’annonce de la politique monétaire a suscité la dissidence de trois membres, qui estiment désormais que la Fed ne devrait plus laisser entendre son intention de baisser les taux d’intérêt. Un quatrième vote dissident exprimé lors de la réunion préconisait une baisse des taux d’un quart de point de pourcentage.  

Cette opposition marquée illustre l’ampleur des divergences d’opinions auxquelles le prochain président de la Fed, Kevin Warsh, se heurtera dans ses efforts pour obtenir des baisses de taux, conformément aux attentes exprimées par Donald Trump. 
 
L’annonce de la décision de la Fed n’était pas assortie d’une mise à jour de ses prévisions économiques.  


Nos observations 

Le communiqué de presse de la Fed s’ouvrait sur une légère variation concernant le marché du travail américain. Au lieu d’indiquer que « la création d’emplois est restée faible », le FOMC a ajouté les mots « en moyenne ». La raison est simple : les données sur l’emploi ont récemment été très instables, oscillant entre croissance et pertes d’emplois. Cela dit, les derniers chiffres ont dépassé toutes les attentes. Par ailleurs, les récents rapports hebdomadaires ADP concernant le secteur privé ont fait état d’une nette amélioration du marché du travail américain, ce qui laisse penser que les chiffres de l’emploi pour le mois d’avril pourraient s’élever à environ 150 000 nouveaux emplois. Bien que nous soyons conscients que cet indicateur n’est pas infaillible, ignorer complètement cette nouvelle information, à savoir le passage de 0 à 40 000 par semaine, compromettrait notre propre analyse. Nous avons donc intégré un risque à la hausse concernant le marché du travail américain dans notre scénario de base. 

Le prix du pétrole reste pour l’instant une grande inconnue, d’autant plus qu’il a rebondi au-dessus des 100 dollars le baril alors que le détroit d’Ormuz reste fermé. Cette situation pourrait changer à tout moment. C’est pourquoi le président Powell a déclaré aujourd’hui que les banques centrales feraient mieux de ne pas tenir compte de ce choc pétrolier. Si la tendance venait à s’inverser rapidement et que la Fed réagissait en relevant son taux directeur, elle serait probablement contrainte de le baisser à nouveau dans un délai d’un trimestre.  

Étant donné l’écart entre les taux et l’inflation, cela ne constituerait pas une politique monétaire responsable. La seule exception s’applique lorsque les anticipations d’inflation sont instables. Cela se traduit par une accélération de la hausse des salaires afin de suivre le rythme de l’inflation plus élevée provoquée par la hausse des prix du pétrole. À cet égard, M. Powell a réaffirmé que la Fed jouissait toujours d’une grande crédibilité sur les marchés financiers. Les anticipations d’inflation à deux ans ont augmenté, mais celles à dix ans sont restées modérées. Dans ce contexte, les opinions exprimées par les trois dissidents nous ont quelque peu surpris. 

En fait, nous estimons qu’il est prématuré d’adopter une position divergente dans le contexte actuel, marqué par un choc pétrolier. D’abord, jamais dans l’histoire de la politique de ciblage de l’inflation menée par la Fed la composition de la croissance du PIB réel du secteur privé n’a été dominée par un choc aussi important du côté de l’offre, à savoir la productivité, au cours d’une phase d’expansion du cycle. Si la croissance tirée par la productivité après une récession est un constat clairement établi, cela ne s’est jamais produit en période d’expansion. De plus, cette dynamique perdure depuis deux ans maintenant. Il est donc inhabituel d’exprimer une opinion divergente dans une économie de ce type, axée sur l’offre, car dans un tel contexte, dès que les prix du pétrole baissent, l’inflation globale et l’inflation sous-jacente ont tendance à suivre le mouvement.